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Mes 24H de Montréal 2009: une ode au mouvement perpétuel

Mes 24H de Montréal 2009: une ode au mouvement perpétuel
(picture: thanks to Wilby from team Skatelog USA)

'Si l'homme est motivé pour une idée, l'impossible n'existe plus...alors je préfère essayer et échouer plutôt que de ne rien essayer !!! '(Mike Horn - le voyage intérieur)


LE DEPART:
Ce sont 83 équipes de 10 patineurs, et 14 soli, qui sont libérés par le starter, sur la ligne de départ de ce mythique circuit Gilles Villeneuve de 4320 mètres.
Il est 13h en ce samedi 6 juin 2009, pour cette sixième édition des 24 Heures In Line de Montréal.
Il fait beau, 20°C, il y a du vent, et ces conditions vont se maintenir pendant 24 heures.

Immédiatement les équipes les plus ambitieuses se placent et certaines vont attaquer ce premier tour à près de 40kmh de moyenne en 6'31'' !
Pour notre part, les soli, nous devons tenir 24 heures à l'allure raisonnable la plus proche possible de celle du premier tour, et dans lequel je tenais à donner le tempo, pour le boucler aux alentours de 9'45'', et ainsi favoriser notre cohésion.
Rien à voir avec les allures imposées par les patineurs solos français aux 24 Heures du Mans, qui partent comme des balles tous les ans, abreuvés de courses et marathons FICs, qui enchaînent les accélérations et les ascensions de la côte Dunlop en surrégime, les conduisant à de nombreux arrêts par la suite, prétextant telle ou telle intolérance gastrique...
Nous laissons volontiers, et d'un commun accord, le solo Winston Chan de Vancouver faire son numéro seul devant, en draftant les équipes, nous savons qu'il se condamne prématurément, et en ultra-fondeurs expérimentés avec Patrick, nous rions – lâchement - sous cape.

L'ALLURE EST DONNEE:
Un groupe de 5 patineurs solo se forme alors (Infinity Rider alias Patrick Normandeau, Mastro alias Mathieu Coté, Flower Kid alias Daniel Caron, DonQuichotte alias André Bellemarre, et moi-même) et roulera de concert à cette allure quelques heures durant, avant que les premiers symptômes de fatigue ne le disloquent peu à peu.
Les 10 premiers tours sont parcourus en 1H39'04'' à la moyenne de 26.2kmh, les 6 suivants en 1h00'07'' à la moyenne de 25.9 kmh, tout se déroule comme prévu, mais le vent reste gênant, nous le sentons particulièrement dans la petite montée après le virage Senna qui suit la ligne droite des stands.

L'ambiance dans ce petit quintet de tête, composé de 4 Canadiens et d'un Français est excellente, comme l'an dernier. Mais nous nous doutons que cette entraide favorable à la performance ne durera pas autant que l'année passée, n'étant que cinq à mener tour à tour, contre 10/12 en 2008 , les relais reviennent souvent.
Malgré tout quel plaisir de rouler sur ce circuit. Nous rattrapons comme prévu Chan notre ami de Vancouver, l'intégrons dans notre groupe, mais celui-ci s'est grillé seul devant, il doit ralentir pour finalement se retrouver seul.

Et le groupe poursuit à bonne allure, avec 10 autres tours parcourus en 1H37'47'' à la moyenne de 26.5. Il est 17H00 passées.
Mes ravitaillements liquides et solides sont assurés cette année par mon ami Daniel Sawyer de Québec City, venu spécialement pour m'assister, il aura par la suite une influence déterminante, en me fournissant les renseignements réguliers à partir du petit matin, pour m'aider à trouver le tempo, afin d'améliorer ma performance de l'an dernier (133tr) d'un ou deux tours.

RAPIDEMENT SEUL:
Mais en attendant je gère ma solitude, et que j'aime rouler seul ainsi, des heures durant, dans le silence relatif, dans cette 'bulle' que le casque hi-tech UVEX profilé m'aide à trouver, et l'air glisse sur les cotés du casque, sans provoquer de turbulences et de bruit dans les oreilles, favorisant ainsi ma concentration, mon détachement par rapport à tout ce qui m'entoure.
Il faut néanmoins gérer la douleur physique, l'apprivoiser, et la transformer en jouissance.
L'extrait qui suit illustre cet état d'esprit, il émane d'un poète français maudit Charles Baudelaire (1821-1867), qui va m'accompagner de longs instants dans ce voyage intérieur*.

Extrait du Spleen de Paris, Baudelaire [Chacun sa Chimère]

Sous un grand ciel gris, dans une grande plaine poudreuse, sans chemins, sans gazon, sans un chardon, sans une ortie, je rencontrai plusieurs hommes qui marchaient courbés.
Chacun d'eux portait sur son dos une énorme Chimère, aussi lourde qu'un sac de farine ou de charbon, ou le fourniment d'un fantassin romain.
Mais la monstrueuse bête n'était pas un poids inerte; au contraire, elle enveloppait et opprimait l'homme de ses muscles élastiques et puissants; elle s'agrafait avec ses deux vastes griffes à la poitrine de sa monture; et sa tête fabuleuse surmontait le front de l'homme, comme un de ces casques horribles par lesquels les anciens guerriers espéraient ajouter à la terreur de l'ennemi. Je questionnai l'un de ces hommes, et je lui demandai où ils allaient ainsi. Il me répondit qu'il n'en savait rien, ni lui, ni les autres; mais qu'évidemment ils allaient quelque part, puisqu'ils étaient poussés par un invincible besoin de marcher.
Chose curieuse à noter: aucun de ces voyageurs n'avait l'air irrité contre la bête féroce suspendue à son cou et collée à son dos; on eût dit qu'il la considérait comme faisant partie de lui-même. Tous ces visages fatigués et sérieux ne témoignaient d'aucun désespoir; sous la coupole spleenétique du ciel, les pieds plongés dans la poussière d'un sol aussi désolé que ce ciel, ils cheminaient avec la physionomie résignée de ceux qui sont condamnés à espérer toujours.
Et le cortège passa à côté de moi et s'enfonça dans l'atmosphère de l'horizon, à l'endroit où la surface arrondie de la planète se dérobe à la curiosité du regard humain.
Et pendant quelques instants je m'obstinai à vouloir comprendre ce mystère; mais bientôt l'irrésistible Indifférence s'abattit sur moi, et j'en fus plus lourdement accablé qu'ils ne l'étaient eux-mêmes par leurs écrasantes Chimères.


UNE RECREATION:
J'aperçois sur le bord de la piste Amandine et Pierre, deux jeunes français, parisiens, arrivés le même jour que moi et descendus eux aussi, dans cette auberge du Vieux Montréal, nous avons sympathisé rapidement, échangeant nombre de points de vues positifs sur Montréal et le Québec. Déjà expérimentés, courageux, ils sont venus tenter leur chance ici dans la restauration, comme tant de jeunes français de cette tranche d'âge 20/25 ans.
En voyant mes préparatifs à l'Auberge, mon challenge les a interpellé et après une longue journée de recherche d'appartement meublé, ils avaient encore les ressources pour venir m'encourager.

PLAISIR DE LA GLISSE AVEC EOSKATES ET ROLL'X
Puis ce sont 10 autres tours parcourus en 1H37'33'' donc toujours à la moyenne de 26.5, il est 19H00, je suis seul depuis un long moment déjà, et au final j'aurai parcouru 70/75% de mes 24 heures non drafté, c'est-à-dire sans l'abri de patineur devant moi, dans les conditions de ma tentative solo contre le record mondial homologué des 24 heures à Lyon/St Priest fin septembre, et c'était parfaitement prévu.
Au départ l'objectif 600km en 24H n'était réalisable qu'avec un nombre de solistes double pour s'entraider, et l'objectif redéfini en course d'améliorer mon record mondial drafté 2008 est possible, mais il va falloir s'accrocher et ne commettre aucune erreur, pourtant je vais en commettre une de taille.

Puis s'ensuivent 10 autres tours en 1H38'31'' à la moyenne de 26.3. Il est 20H30, les premiers signes du crépuscule apparaissent. La moyenne résultante depuis le départ est alors au-dessus de la barre des 26kmh, et seul dans le vent la plupart du temps, je dois absolument ralentir, pour ne pas me griller, ayant remarqué qu'à chaque fois que je rejoins un solo, il ne peut suivre mon allure, relayer.
Pendant les 10 tours suivant parcourus en 1H41'41'' à la moyenne de 25.5 kmh, il est 22H passées, la nuit est véritablement tombée, avec son cortège de Chimères...

LA NUIT, LES TENEBRES.
Je retrouve Charles Baudelaire dans le Spleen de Paris avec [Le Crépuscule du Soir] :

O nuit! ô rafraîchissantes ténèbres! vous êtes pour moi le signal d'une fête intérieure, vous êtes la délivrance d'une angoisse! Dans la solitude des plaines, dans les labyrinthes pierreux d'une capitale, scintillement des étoiles, explosion des lanternes, vous êtes le feu d'artifice de la déesse Liberté!
Crépuscule, comme vous êtes doux et tendre! Les lueurs roses qui traînent encore à l'horizon comme l'agonie du jour sous l'oppression victorieuse de sa nuit, les feux des candélabres qui font des taches d'un rouge opaque sur les dernières gloires du couchant, les lourdes draperies qu'une main invisible attire des profondeurs de l'Orient, imitent tous les sentiments compliqués qui luttent dans le coeur de l'homme aux heures solennelles de la vie.


L'apathie me guette, cet état fatigue physique, intellectuelle qu'il faut combattre et repousser.
Je parlais plus haut de la seule erreur – de taille – que j'ai commise durant ces 24h : ne pas prévoir suffisamment de poudre diététique (Isostar performante boisson qui m'a toujours accompagnée pendant mes records) car pendant la nuit nous tombons en panne, il va falloir continuer à l'eau et au RedBull, c'est mieux que rien, mais ça me conduira à une bonne défaillance que je vais avoir bien du mal à surmonter dans les deux dernières heures de l'épreuve..
Daniel me tend donc de temps à autres une canette de RedBull, environ toutes les 4 à 5 heures, jusque fin de matinée, ceci remplace quelques tasses de bon café impossible à apprécier en roulant à ces allures, je dois rester concentré et passer ce cap nocturne difficile
Les 10 tours suivants sont parcourus en 1h46'38'' à la moyenne de 24.3, il est 1H du matin, nous basculons dans la deuxième moitié de course, je poursuis avec Baudelaire et un extrait fort:

Dans le Spleen de Paris toujours, avec [1 Heure du Matin]
Mécontent de tous et mécontent de moi, je voudrais bien me racheter et m'enorgueillir un peu dans le silence et la solitude de la nuit. Ames de ceux que j'ai aimés, âmes de ceux que j'ai chantés, fortifiez-moi, soutenez-moi, éloignez de moi le mensonge et les vapeurs corruptrices du monde


Les premiers signes de ralentissement sont dus à l'obscurité et à l'insécurité qui l'accompagne, je lève le pied dans plusieurs endroits du circuit, cela fait 12 heures que je roule et la fatigue s'installe.
Je m'enfonce peu à peu dans les ténèbres.

Et toujours le poète maudit avec un extrait de : [N'importe où Hors du Monde]
...Là, nous pourrons prendre de longs bains de ténèbres, cependant que, pour nous divertir, les aurores boréales nous enverront de temps en temps leurs gerbes roses, comme des reflets d'un feu d'artifice de l'Enfer!"...


MERCI A NOTRE SATELLITE
Il y a pour nous aider, un clair de lune magnifique, et pour des raisons d'obscurité et de concentration, je décide de ne plus accorder d'importance au chrono, de laisser le temps filer et l'allure va se maintenir au alentours de 23.5 de moyenne pendant le reste de cette longue phase nocturne. J'ai les yeux parfois embués de larmes qui m'empêchent de discerner le cadran de mon chrono 'Géonaute.'
Je suis toujours dans les temps du record, je gère, mais je doute, on ne sait jamais.

J'aime la nuit avec passion. Je l'aime comme on aime son pays ou sa maîtresse, d'un amour instinctif, profond, invincible.”
(Guy de Maupassant)

Un rêveur est celui qui ne trouve son chemin qu'au clair de lune et qui, comme punition, aperçoit l'aurore avant les autres hommes.
Ecrivain irlandais [ Oscar Wilde ]

LE RENOUVEAU
Les premiers signes du lever du jour pointent à l'horizon vers 4h30 ! au-delà des majestueux building de ce Montréal industrieux, dont les habitants sont réputés à juste titre, pour être courageux et productifs, mais solidaires, avec cet esprit québécois fascinant, qui m'a fait autant aimer du premier coup en juillet 2007, cette métropole lacustre, fondée en 1642 par Paul de Chomedey, sur une île, enserrée entre les bras de cet immense fleuve Saint Laurent.
Mon moral revient, mais il faut trouver la passion, l'ivresse pour continuer, et boucler le dernier tiers de l'épreuve : autre extrait du Spleen avec Baudelaire et un conseil [Enivrez Vous]

Il faut être toujours ivre. Tout est là: c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront: "Il est l'heure de s'enivrer! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous; enivrez-vous sans cesse! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise."


CALCULS MENTAUX
Je retrouve ma lucidité pour à nouveau m'intéresser aux chiffres de mon chrono et me concentrer, comme l'an dernier, sur une longue séries de calculs mentaux qui vont me tenir intellectuellement éveillé, jusqu'à la fin de l'épreuve afin de battre mon record avec la plus petite marge possible (1 tour).
Il est 4H30, un 'top' sur le chrono et les 10 tours suivant sont parcourus en 1H52'04'' à la moyenne de 23.14. Il est 6H30, il fait grand jour, beau temps, je me sens tout droit sorti des Ténèbres.

A 5 heures de la fin, je calcule toujours et extrapole pour réaliser que si mon allure se maintient à 22kmh de moyenne jusqu'à la fin je dépasserai mon record 2008 d'un tour, il ne faut pas se relâcher.
Mais cela fait des heures et des heures que je lutte seul dans le vent.
Me retrouvant de plus en plus seul, je décide d'être prudent, de me 'reposer', et couvre les 10 tours suivant en 1H59'20'' à la moyenne de 21.7, c'est lent mais il est 8H30 et il ne reste que 4H30 de course, mais la panne d'électrolytes commence à se sentir.

J'ai le moral, Daniel me renseigne en permanence sur les chronos et la performance possible, au moyen de notes précises relevées au PC informatique, sur des feuilles de papier que je lui arrache avidement des mains au passage, je sais où j'en suis.

LA BEATITUDE
Et je peux retourner hors du temps, replonger dans ma bulle sous mon casque profilé, retrouver ce mélange ambiguë de plaisir et de souffrance, ce curieux état que la soif de vaincre empêche de transformer en apathie. Le plaisir de rouler reviens, Daniel me trouve à chaque fois les aliments que j'ai envie d'absorber, et dont la teneur varie d'une heure sur l'autre, salé, sucré...

Pour illustrer cet état d'esprit à un moment critique de la course, bien que je sente le succès, l'extrait de Baudelaire toujours issu du 'Spleen de Paris' que j'ai choisi est : [La Chambre Double]

A quel démon bienveillant dois-je d'être ainsi entouré de mystère, de silence, de paix et de parfums? O béatitude! ce que nous nommons généralement la vie, même dans son expansion la plus heureuse, n'a rien de commun avec cette vie suprême dont j'ai maintenant connaissance et que je savoure minute par minute, seconde par seconde!
Non! il n'est plus de minutes, il n'est plus de secondes! Le temps a disparu; c'est l'Eternité qui règne, une éternité de délices!


LA CATAPULTE
La longue ligne droite qui fait suite à l'épingle et au Grand Droit du Casino, finit par peser sur l'organisme, mais au bout de celle-ci, il y a l'entrée dans les stands, donc et la traversée du public survolté dans les dernières heures, une ambiance soulignée par une excellente sono et surtout, par un extraordinaire speaker que j'aurais voulu serrer dans mes bras à l'arrivée, tant son talent n'a d'égal que la ferveur du public québécois, qui apprécie au passage, la performance des soli.
Tant et si bien qu'à chaque tour, à chaque passage dans les stands je me sens 'catapulté' jusqu'au pied de la côte qui suit le virage Senna, et que son ascension en est grandement facilitée.

RIEN A VOIR AVEC LE MANS, à son public retranché par nécessité derrière ses austères murets de béton, surplombant une piste déjà enfouie (suite à la sortie de route du pilote Pierre Levegh lors des 24H auto 1955, aux alentours de 250kmh, au volant d'une Mercedes, projetant accidentellement suite à l'écart d'un autre pilote, le moteur et le train avant de son véhicule dans la foule, tuant 80 spectateurs sur les milliers amassés dans les tribunes proche de la piste, vidéo de 6'13'' ICI avec à 1'05'' l'effroyable accident)
De plus au Mans, ces murs de béton sont surmontés pour 2009 d'affreux panneaux de plexiglass transparents qui isole encore davantage le patineur, sécurité des courses automobiles oblige.

C'est pour ceci que le '24H de Montréal' est et restera une épreuve à part, grâce à ce public québécois 'tifosi' qu'on peut 'toucher' des mains à chaque tour.
De ce bain de foule répété, de cette mini cure de jouvence revenant toutes les 12'environ, je m'abreuve. Baudelaire a écrit toujours dans le 'Spleen' extrait de [Les Foules]:

...Le promeneur solitaire et pensif tire une singulière ivresse de cette universelle communion. Celui-là qui épouse facilement la foule connaît des jouissances fiévreuses, dont seront éternellement privé l'égoïste, fermé comme un coffre, et le paresseux, interné comme un mollusque. Il adopte comme siennes toutes les professions, toutes les joies et toutes les misères que la circonstance lui présente.
Ce que les hommes nomment amour est bien petit, bien restreint et bien faible, comparé à cette ineffable orgie, à cette sainte prostitution de l'âme qui se donne tout entière, poésie et charité, à l'imprévu qui se montre, à l'inconnu qui passe...


RENCONTRE AVEC KARIN
10 tours suivants sont parcourus en 1H57'00'' à la moyenne de 22.2 kmh, j'y ai roulé un moment avec Karin Chamberlain l'Américaine de Boston (Somerville) qui va elle aussi battre le record féminin avec 83 tours soit 358km. Elle en est à sa première participation, chaussée de patins fitness, améliorée de roues Matter de 80mm, elle nous confiera que la paire de patins spécialement achetés pour les 24H la font beaucoup trop souffrir, alors elle a chaussé ses vieux.
Je lui ferai remarquer en roulant qu'elle est elle aussi sur des bases elevées pour améloirer le record 2008 de Mélisa : 'you're breaking The 24 Hours Record' lui dis-je, elle n'y avait pas songé me dira t-elle, mais elle reconnaît avoir pas mal de tours d'avance.

A ce moment là de la course, la charmante Américaine tient à rouler devant moi, elle a pris de nombreuses périodes de repos, elle m'a attendu pour m'aider à finir, je ne peux vraiment la relayer, et son abri me réconforte, me permet de rester dans l'allure, mais au bout de quelques tours elle chute dans l'épingle en accrochant une patineuse devant elle, et doit s'arrêter pour se soigner, rien de grave pour elle, je me retrouve à nouveau seul.

Par la suite je réaliserai que Karin m'a permis de tenir une moyenne à 22.2kmh. (Je lui donnerai l'accolade après les podiums).
Nous sommes donc à 2 heures 30 de la fin de course, il est 10H30 , je dois avoir 20 à 25 minutes d'avance sur mes temps de passage de l'an dernier, j'en perdrai 5 pour ne terminer qu'avec environ 20 minutes d'avance sur mes temps de 2008, environ 1 minute par heure de gagné.

LE COTE OBSCUR, mais où était Gandalf cette fois ?
A deux heures de la fin, je bascule définivement du coté obscur pour y rester jusqu'à l'arrivée, je connais bien cet état de délabrement, celui qui sort victorieux d'un tel combat se bonifie pour le suivant.
Patrick et Mathieu les patineurs de Sherbrooke me récupèrent à la dérive, et nous trois allons finir 'tranquillement', car je sais depuis 1 heure, que je vais améliorer mon record mondial, ça m'aide à m'accrocher.
Je dois probablement à mes deux amis de l'Estrie, comme à Fernand Caron en 2008 sur ce même circuit, comme à Romy et Claudia au Mans en 2008, d'avoir battu une nouvelle fois le record drafté car au bout de ce chemin de croix vers 13h00 en ce dimanche 07 juin:

133 tours en 23H53' soit 574.56 km NOUVEAU RECORD MONDIAL, à la moyenne de 24kmh, aucun arrêt, même pas 1 seconde dans cette ode au mouvement perpétuel ce titre pour illustrer l'extrême motivation soit, mais surtout cette soif absolue de mouvement pendant 24H non stop car, pour un solo, s'arrêter c'est mourir !

134 tours au total légèrement au-delà des 24H me seront comptabilisés soit près de 579km, à seulement 20km de l'objectif initial.
Ceci m'oblige à revenir pour l'édition 2010 pour atteindre les 600km, dans ce Québec dont je suis tombé amoureux, et que j'espère continuer à visiter dans les années à venir.

L'ARRIVEE
Mais revenons à cette arrivée : sitôt la ligne franchie, je me dirige vers le premier box venu que je crois être le mien, mais en vérité j'en suis à 100 mètres. Je m'écroule, m'allonge, me détend enfin et m'endors presque, mais j'éclate en sanglots, les nerfs lâchent car je viens de réaliser que j'ai à nouveau épinglé un record mondial, comment ne pas être heureux, en vérité je somnole presque en pleurant et ceci a pour but d'inquiéter la public qui appelle de suite médecins et secouristes, les larmes m'empêchent de distinguer quoi et qui que ce soit, on me tâte le pouls, on observe ma pupille,on me prend la tension 12/8 et le diagnostic tombe : manque d'électrolytes, deshydratation, due à l'absorbion d'eau dans les dernières heures. L'alpiniste himalayen du Québec, expérimenté André Rossin Arthiat me compose un mélange reconstituant, que je prendrai rapidement pour être en forme pour les podiums.

Daniel et André m'aident à marcher pour regagner mon box, pendant que Blandine immortalise ces instants, rien de grave, il s'agit juste d'insensibilité sous les pieds, je dois m'appuyer en attendant que la circulation sanguine ne se rétablisse, et que les muscles du dos ne se décongestionnent. Je m'allonge, me détend, réalise l'exploit, je ris, je suis heureux, mais reste emmitouflé sous la couette.

QUOI ? PAS EN ETAT MOI ?
A ce moment là un membre de l'organisation rentre dans le box en demandant ma puce, mon chasuble et en demandant à quelqu'un d'aller au podium me représenter car je ne suis – soi disant – pas 'en état'. Mon sang, mon orgueil ne firent qu'un tour :
'Quoi, pas en état moi ? tu vas voir tiens, tu vas voir ce qu'est un Français !'
Ça m'est sorti brut, comme ceci, j'étais rétabli en 15 minutes, merci André.

Sur le podium, micro en main, j'aurais quelques mots pour ce public québécois enthousiaste, et de son effet 'catapulte' du patineur au sortir des stands.

LE RETOUR
Daniel me redépose à l'Auberge où je me jette sous la douche, je me sens détendu, et trouve la force de me hisser dans le lit en hauteur avec mon PC portable relié à l'Internet en WIFI, j'appelle la France, Pascal du LOU Roller mon manager pour la tentative de septembre, puis Youb, sont les premiers à apprendre mon nouveau record, je récolte des louanges par SMS, courriel, téléphone. mais je ne peux arriver à m'endormir, trouve les ressources de poster sur Roller En Ligne, et écrit rapidement un article sur mon blog en y collant une photo du podium prise par Blandine, quel bonheur à cet instant, quelle jouissance.

Au bout de quelques heures de repos sans sommeil cause RedBull je suppose, je descend à la cuisine en marchant normalement, j'y rejoins Amandine et Pierre et d'autres jeunes plutot impressionnés, à qui je fais un rapide résumé de ma course, ils m'apprennent qu'ils ont trouvé un appartement pour 800$ mensuels sur le Mont-Royal, en seulement 4 jours de recherches intensives, ils réalisent là déjà, eux aussi un bout de chemin vers leur(s) rêve(s), nous sommes heureux tous les trois et échangeons nos coordonnées.

Au réveil le lundi matin, ça va, j'englouti en petit déjeuner continental gargantuesque, avec le traditionnel beurre d'arachide.
Au fur et à mesure que je cours un 24 Heures, mes séquelles du lendemain s'allègent. Je marcherai tranquillement l'après midi dans Montréal en profitant au maximum de cette belle journée.

EPILOGUE
Le retour en ce lundi soir est tellement routinier (je suis venu 4 fois en un an au Québec, pour les 24 Heures soit, mais également à deux autres reprises pour patiner sur glace, et y vivre une belle aventure sentimentale, forcement brève vu l'éloignement, mais intense) alors Montréal-Paris/Charles de Gaulle dans ce sens, je déteste, par contre dans l'autre sens, j'adore, comme j'adore ce Québec et le mode de vie de ses habitants.

# Posté le vendredi 12 juin 2009 12:16

Modifié le lundi 15 juin 2009 05:22

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