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Philippe Coussy, Recordman mondial des 24 Heures Roller

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rphil89

Description :

Blog principalement consacré en 2012, à l'amélioration de mon Record Mondial drafté des 24 Heures (579km) sur circuit, automobile, à Montréal. OBJECTIF 600 KM !
-----------------------------------
Quatre fois recordman des 24 Heures, et actuellement recordman du Monde officiel, des 24 Heures Roller d'après règlement FIRS (avec 544.614km)
Je vise cette année les 600km en 24h officieux (non homologué) car réalisé sur circuit automobile,
.
Il est aussi question de braques de Weimar.
Mon Weimar s'appelle Sky, il a eu 7 ans fin mars 2012:
-----ouaf !------
--le blog de Sky sur SkyBlog ! --

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24 Heures de Montréal: un nouveau record mondial drafté, sur fond d'échanges culturels.

Dans ce récit j'utilise parfois une parlure* québécoise, ça fait couleur locale, et c'est enrichissant à mon goût. Certains termes sont savoureux.
Les termes (une soixantaine de différents au total ! ) apparaissent en italique avec une * lors du premier emploi.
Leur traduction est répertoriée tout en bas, suivant l'ordre d'apparition dans le récit.

Priorité en arrivant: tester et régler ma deuxième paires d'EOSkates carbon.
Le jeudi 4, c'est une journée de 30 heures qui m'attend, le 'jour le plus long', car je quitte Paris CDG à 12h00, et après 7 heures de traversée, mon avion atterrit à Montréal à 13h35 heure locale, alors qu'il est déjà 19h30 à Paris !
En quittant l'aéroport de Dorval, je fonce poser mes affaires à l'Auberge, me change, saute dans le métro et rejoint le circuit, car je m'astine* à vouloir rouler 30 minutes en soirée sur le Gilles Villeneuve.
Depuis 1 an il m'a manqué ce circuit. Ceci est surtout pour monter et checker* ma deuxième paire de platines carbone EOSkate 104mm que Fred m'a prêtée par mesure de précaution avant mon départ. Par soucis de place elles ont voyagé démontées dans mes sacs, je les assemble avec des Hyper Grip+ 104mm, la première paire étant déjà montée avec des MPC Streetfight panachées avec des Matter Marathon Light de 97gr déjà utilisées au Mans.
Chaque patin des deux paires montées ainsi avec le chausson carbone, dépasse de peu le kilogramme chacun, un atout sur longues distances, et leur rendement est fabuleux.
L'ambiance sur le GV est excellente, meilleure et plus sécurisée qu'à Longchamps, il est ouvert toute l'année aux cyclistes et patineurs qui y sont séparés des chars* par des plots amovibles, il y a de nombreux pelotons cyclistes avec lesquels je placote*.
Aucun conducteur ne risque ainsi de nous achaler*.
Premier contact téléphonique avec Marie-Eve, c'est idiot mais le charmant accent Québécois de la jeune femme me trouble, j'appréhende même l'idée de la rencontrer le lendemain pour luncher*, j'ai le trac et je ne m'y attendais pas, car je vais enfin pouvoir connaître celle qui permet d'échanger depuis déjà 1an, date de ses débuts à roller! , des points de vue rollistiques, parfois même philosophiques, à travers Roller En Ligne (encore merci Alex), entre le Nouveau Monde et la Vieille Europe.

Le lendemain vendredi, la veille de la course nous devons oublier la pression, c'est pas pire* d'avoir un guide comme Marie-Eve. En attendant son cours du soir à l'H.E.C. elle peut nous consacrer quelques heures à Youb et moi.
Elle nous attend tranquillement assise devant le resto, première rencontre, nous sommes (très?) émus tous les deux, et ça se voit. Sa chevelure blonde et son regard très clair, me rappellent instantanément la colonisation de certaines provinces Canadiennes par les populations Ouest-Européennes, comme son charme scandinave suggère que les Vinkings avec Erik-le-Rouge aient accosté là-bas vers l'an 1000, soit bien avant Christophe Colomb et Jacques Cartier.
Cette première émotion digérée, Youb déjà à Montréal depuis 5 jours, nous rejoint, puis nous entrons tous trois luncher, mais je n'ai pas grand faim.

Veille de l'épreuve: il me faut acheter de quoi constituer mon ravitaillement en course.
Après le lunch pris en sa compagnie dans le quartier latin, elle nous fait découvrir, avec Youb, le plateau du Mont Royal, dans la moiteur d'un après-midi estival, annonciateur du bel l'été indien.
Elle guide ainsi mes pas jusque chez Rachel-Berry, épicerie bio réputée, me rassurant, car je pensais avoir d'la misère* pour trouver les aliments et breuvages* dont la qualité est primordiale pour ce genre d'épreuve.
En sortant j'ai tout ce qu'il me faut. Tiguidou !*.
Il ne manque que le RedBull (ici on prononce 'RedBoul') que je trouverai chez un dépanneur*.
La chaleur devient accablante, le vent tourbillonnant est omniprésent, il soulève des nuages de poussière et le Mont-Royal a des allures de Far-West, nous nous asseyons à l'ombre dans un square.
En soutenant le regard aux yeux verts de la jeune femme, il est plus facile d'imaginer toutes les possibilités d'évasion offertes par une contrée comme la Gaspésie, sa terre natale à 900 km à l'est d'ici, que nombre de Français commencent à connaître. C'est pour les rêveurs, un moyen de se retrouver au milieu de paysages Scandinaves, avec un climat boréal, et de passer des étés récréatifs en évitant les plages du littoral US.
Sa présence à mes cotés m'apaise, je me détends peu à peu et en oublie la course du lendemain, comme elle-même, très émotive, cherche à fuir le stress de sa course avec l'équipe de Martine Charbonneau en catégorie Elite: les 'Poulettes sur Roulettes', 100% filles qui auront à se défendre 'becs et ongles' contre les autres équipes 100% masculines.
Grâce à Mr Hubert et le CDRS 37, je suis déjà tombé en amour* du Québec l'an dernier, ce n'est pas cette année que ça va s'inverser assurément, et de plus, une belle et longue aventure humaine nous attend pour demain, et se prolongera même au-delà, dans les quartiers latins.
Avant de regagner tranquillement l'auberge pour le repos d'avant course, je songe à la chanson de Gilbert Bécaud: 'Nathalie'

[...La place Rouge était vide
Je lui pris son bras, elle a souri
Il avait des cheveux blonds, mon guide
Nathalie, Nathalie...]


Nuit difficile à l'auberge, il y a 6 heures de décalage horaire avec la France.

Le matin de la course: une préparation 'solides' minutieuse pour ces 24 Heures:
Cette fois ci le sirop d'érable pur (succulent !), spécialité typiquement canadienne, remplacera le cacao pour sucrer les flocons d'avoine, et puisqu'au bout de 12 heures le sucré ne passe plus, les flocons de soja salés remplacement le cake olives-poulet, je n'ai pas le choix, et c'est pas pire.

Je cuisine le tout 3 à 4 heures avant le départ de samedi 13h00, dans la cuisine commune de l'Auberge Alternative du Vieux Montréal dont j'adore l'ambiance, qui me fait oublier ce gênant décalage horaire.

Je me rend de l'auberge au Parc Jean Drapeau à l'aide du métro, puis au circuit Gilles Villeneuve à roller avec les 15/20 kg de barda que je transporte sur un astucieux diable pliant qui n'est pas une bébelle* !, amené dans mes bagages, me permettant de transporter le tout à 10 ou 15 km/h sans effort. Car pas question de faire du pouce*
A mon stand avant le départ, je reçois la visite de nombre de patineurs, qui souhaitent me connaître et me saluer, suite aux résultats des 24 Heures du Mans solo, ils ont lu et relu mon récit sur le blog, s'en sont fortement sont inspirés pour certains, ça me touche beaucoup. Je ne veux pas pour autant me péter les bretelles*.
Pas besoin d'échauffement sur de telles distances, et de toutes façons j'ai écrit sur les forums qu'à Montréal je roulerai plus relax qu'au Mans, je l'ai répété plusieurs fois à Marie-Eve avant l'épreuve, elle n'en croit pas un traître mot ! 'mais si ! tu verras, je ferai une pause toutes les quatre heures !' et elle me croit encore moins ! Pourtant depuis certains échanges sur les forums de R.E.L., je la vois presque comme mon psy, d'autant plus que pour courir ce genre d'épreuve, il faut avoir des bibittes dans la tête*...

Les forces en présence : de valeureux guerriers insensibles à la douleur.
Le départ est donné à 13h00 heure locale, sur ce circuit Gilles Villeneuve de 4320 mètres, nous sommes avec Youb, 30 solos au départ, soit entre le quart et le tiers des équipes engagées !
Le premier tour est parcouru en 8'27'' à 30.6 de moyenne, puis le second en 8'50'' à 29.3, nous allons être poqués* en 2 ou 3 heures si on continue comme ça.

On s'analyse les uns les autres, on se teste et s'observe, 2 ou 3 Texans (dont Texas Flyer alias Johnny Chen qui finira 3ème) sont venus pour faire un résultat, et un Américain de Denver au Colorado (Lawrence Pelo qui finira 4ème), mais il y a aussi et surtout d'excellents patineurs québécois: Aucune Limite (Jonathan Royer le local, déjà vainqueur des Défis de Montréal sur 128 km en 2006 , et second l'an dernier derrière Peter Doucet) qui parle de ne faire aucun arrêt ! puis Infinity Rider,(Patrick Normandeau, un très solide patineur de Sherbrooke QC, originaire comme Marie-Eve de la Gaspésie, de la Baie des Chaleurs, qui s'avèrera être le plus redoutable de tous, il finira second à 7 tours)
Il faut compter aussi avec Roller Estrie (Olivier Fortier) solide patineur de Sherbrooke qui prêtera main forte à ses compatriotes).
Les québécois ont un comportement joyeux dans l'effort, ils saluent les gens, sifflent, cruisent* en roulant, on se marre avec Youb. Ce sont d'agréables compagnons de route qui entonnent même parfois des tounes* en roulant ! et ça dure des heures, du jamais vu chez nous. Mais malgré les nations représentées dans ce groupe et l'allure soutenue, aucun patineur ne fait la baboune*.

Nous sommes rapidement un gang* de10 à 12 patineurs solo en tête, à nous relayer efficacement, et là il n'y a pas de Dunlop pour nous séparer, la moyenne se maintient plusieurs heures à 27kmh, c't'écoeurant* !
Le plaisir de rouler est immense, car sur le Villeneuve c'est pratiquement toujours dret*, hormis un presque U-turn* la fameuse épingle qui suit le fameux virage ou Kubozca s'est crashé l'an dernier à 250 à l'heure.
Le groupe fonctionne et s'entend à merveille, il n'y a pas de chialeux*. Pendant tout le premier quart de la course la collaboration est totale, c'est alors que la pluie annoncée fait son apparition et fait chuter nettement la moyenne à 10' au tour, c'est plate*.
Je fais le point sur le millage* au bout de 6 heures : nous avons parcouru 37 tours dont une partie sous la pluie, soit 160 km.

Je m'arrêterai tantôt*, les québécois m'y obligent :
Mais je décide de durcir la course afin de provoquer leur arrêt aux stands à la longue, car le dernier qui prend son repos a un ascendant psychologique, c'est celui qui maîtrise la situation.
Pour ceci j'impose des relais appuyés dans tous les faux plats montants, pendant plusieurs heures, mais en prenant soin de ne pas provoquer de cassure, Patrick soulignera plus tard notre cohésion avec un terme du genre: 'la force du groupe'.Je me sens très à l'aise, et pulse à moins de 125p/mn de moyenne, j'ai de la marge et en profite.
Je pense à cet instant que changer radicalement ma stratégie d'arrêt est la seule solution pour éroder le moral des québécois très durs au mal comme Jonathan Royer (Aucune Limite) et Patrick Normandeau (Infinity Rider).
Je songe dans ces moments là en appréciant leur bravoure, qu'ils sont peut-être les descendants de guerriers autochtones Micmac, Iroquois et autres, dont les populations ont été brassées avec celles des européens émigrés, venus s'installer là au XVIIème siècle, et des loyalistes réfugiés, bref, de vrais guerriers.

Nous sommes rapidement trempés et salis par une boue noire due aux chars je pense, qui circulent habituellement, résidus que je garderai sur les jambes jusqu'à la fin des 24H, témoignant ainsi du combat épique livré.
Parfois ce sont des trombes d'eau qui nous tombent dessus. La nuit nous tombe dessus également vers 19h30 et va durer 10 heures, je ne peux m'empêcher de repenser à l'an dernier avec le CDRS37 managé par Gérard Hubert avec lequel nous avions fini second en élite, lorsque les 24 heures étaient courues mi-juillet, on est bon pour 2 ou 3 heures de 'noir' supplémentaire.

Un combat épique jusqu'à la douzième heure de course.
Trempés ainsi, bobette* compris, est pénible à la longue, mais grâce à la pluie, aucun maringouin* ne viendra nous importuner, le circuit en étant infesté la nuit, car il est entouré par l'immense fleuve St Laurent qui draine les eaux des cinq Grands Lacs jusque dans l'Atlantique , les lunettes de nuit transparentes sont donc inutiles cette fois.
En revanche de nombreux animaux vivent sur l'Ile Notre Dame et nous rendent visite sur le circuit en le traversant régulièrement : marmottes, écureuils et même renards !
Pour tous ceux-ci, de nombreux passages sont aménagés dans les murs de béton, mais je ne peux m'empêcher d'imaginer la résultante de l'impact d'une marmotte de 5 ou 6 kg sur l'aileron d'une F1 ou le spoiler d'un Nascar lancés à 300kmh...
Au bout de 8 heures, le gang réduit à 4 ou 5 perd Youb qui souffre de son genou, et doit s'arrêter une première fois. Je me sens esseulé, moins rassuré.
Et en plus, n'ayant pas d'assistance contrairement au Mans, je suis contraint de m'arrêter 1 minutes toutes les 2 à 3 heures pour prendre de l'eau, du sucré, j'en profite pour de temps à autres pogner* une canne* de RedBull (on prononce 'Raides-Boules', d'autant plus qu'avec l'humidité et la fraîcheur de la nuit...)
A chaque fois, je dois revenir en poursuiteur sur le groupe, un sprint qui dure un tour, et à la longue ça me tue.
Olivier Fortier (Roller Estrie) dérape sur le sol glissant, et tombe sur les foufounes* au début d'une descente, il se relève et repart, il s'est juste un peu grafigné*.
Jonathan, valeureux guerrier, se voit contraint à l'abandon, il a son voyage*, et part non sans avoir donné son maximum, mais il devait se douter qu'avec son genou convalescent depuis cet hiver et son attelle, il n'irait pas jusqu'au bout, surtout avec le train d'enfer qu'il a contribué à imposer dans les premières heures, c'est plate. Je pense aussi qu'il a ambitionné*.

Aux 12 heures de course, je fais un point sur le millage: nous avons parcouru 72 tours, soit 311km à la moyenne de 25.9, pour une bonne moitié sous la flotte. Je songe à cet instant à améliorer mon record mondial drafté de 568km réalisé 2 mois auparavant au Mans, si seulement les cieux pouvaient se calmer...
Mais la pluie continuant nous finissons par être maganés*

Youb m'a appris un truc très utile et plutot marrant à Montréal: se soulager en roulant et sans se salir, à l'image des coureurs du Tour de France, car pas question de perdre 1 ou 2 minutes à cet instant. J'expérimente le procédé avec succès, et comment ne pas y avoir pensé plus tot ?
Je reconnais là l'astuce du guerrier expérimenté, sauf que si c'est discret la nuit, ça l'est un peu moins le jour sur un circuit très fréquenté y compris par la gent féminine...

Ouf ! ma première et seule pause dans la quatorzième heure.
Et voilà enfin que le plus coriace de tous : Patrick, (Infinity Rider) sert le brake à bras* vers la douzième heure pour se mettre sous la douillette* pendant plus d'une heure. Sa blonde* le réconforte et aura été d'une grande efficacité pour ses ravitaillements durant 24h, quel mérite !
Mon travail de sape a fini par payer, lorsqu'il repart j'ai 9 tours d'avance, cela fait 13 heures que je roule à 26 de moyenne, je peux tranquillement prendre ce qui sera ma seule pause de ces 24 heures.
Je stoppe dans la quatorzième heure, mais pas question de me mettre sous la douillette, je déchausse et constate les dégâts aux pieds, causés notamment par la peau mouillée pendant plusieurs heures par la pluie. Il y a du sang partout. Je remets du sparadrap sur des chairs à vif au niveau des malléoles, j'expliquerai par la suite que ce genre de douleur est insignifiant par rapport à celles ressenties aux lombaires ou au dos par exemple, d'ailleurs quel est l'endroit du corps qui ne fait pas souffrir lorsqu'on poursuit un record mondial ?
Je mets des bas* propres, étire les muscles des jambes, mange des flocons de soja salés qui passent très bien au goût, avale un RedBull, et repars au bout de seulement 20 minutes de pause.
A cet instant j'ai 7 tours d'avance, soit 30 kilomètres sur Patrick, il reste 10 heures à rouler, je n'ai plus qu'à gérer cette marge confortable.

Au bout de 18 heures, soit aux trois quart de la course, le millage est de 441km (102 tours)
Nous ralentissons tous l'allure de manière significative, le groupe se reforme petit à petit avec Youb, les deux Texans, les québécois, 'Roller Milpat' alias Fernand Caron (père de Christine l'organisatrice des 24H) qui portera son objectif bien au-delà des 70 tours escomptés, soit 83 !
Mr Caron nous réconforte, prend la tête du groupe pendant des tours entiers, stoppe à son stand, nous reprend au tour suivant pour nous permettre de boucler les tours à 11'30'' / 12', car au bout de 20/22 heures de course, notre allure de fier pur-sang du début de course, est devenue celle de vieux orignaux* fatigués.
A deux heures de la fin, Christine enfile un maillot, chausse les patins et nous fait l'honneur de prendre la tête du groupe, que dis-je, du cortège, pendant plusieurs tours.
Nous sommes salués par les spectateurs qui jugent la combativité des solos exemplaire et méritoire.

Occuper l'esprit avec du calcul mental permet d'oublier quelques instants la douleur et donc 132 X 4,320 = 570 ! new World Record.
Malgré la pluie et les séquelles qu'elle a laissée sur les organismes, j'ai assez de lucidité pour catcher* que nous sommes dans les temps du record. Christine et Fernand, la fille et le père, remplacent donc Romy et Claudia qui nous ont drivés avec Thibaut, dans les deux dernières heures au Mans, tout un symbole pour moi, sauf que là, il y a d'avantage de chevaux morts ( 6 ou 7). Et l'ancien peloton, rebaptisé troupeau, progresse à 12'30'' au tour.
Au bout de 22 heures, ça y est : nous sommes complètement maganés, poqués.
En maintenant la moyenne entre 20 et 22, je calcule qu'on va améliorer mon record du Mans de 2 à 5 km environ, j'en suis certain à une heure de la fin, je gère à cet instant avec mon chrono de poignet et le peu de lucidité qu'il me reste, pour ne pas trop le dépasser, juste franchir la barre des 570. Je calcule sans cesse, ça occupe l'esprit trop centré sur la douleur.
Dans les derniers instants, Patrick Normandeau le comprend aussi et va m'aider. Je lui dois beaucoup, presqu'autant qu'à Thibaut Dejean au Mans.
A un ou deux tours de la fin, je réalise qu'il nous faut accélérer légèrement pour être certains d'atteindre 132 tours soit 570km en moins de 24h, presque tout le monde collabore dans le groupe, nous accélérons à une allure FIC Open ! sur 2 ou 3km et avec Youb on se demande à cet instant : mais...'d'où nous vient cette énergie' ?
Ouf ! 132 tours en 23h58'36'' soit 570km nouveau record mondial drafté, je suis un peu moins ému qu'au Mans.

Youb va pogner, pour le dernier tour symbolique, le drapeau tricolore remis peu avant son départ pour le Canada, par le Maire de Clarensac son village (30), et même si je n'ai pas forcément l'esprit cocardier, l'émotion est à son comble, lorsque nous les deux français, franchissons l'arrivée drapeau au vent, acclamés par les centaines de spectateurs.

De grace : du repos, déchausser, me garocher* sur ma paillasse, décontracter tout ça !
Obsession dont je rêve depuis des heures à cet instant: m'allonger sur le coté pendant de longues minutes dans le stand, et somnoler, et je n'oublierai jamais le sourire de mon amie québécoise à cet instant, radieuse comme souvent, venue m'oter mes patins, car je m'en sentais bien incapable.
Tout comme l'entourage me croit incapable de regagner seul l'auberge après le remise des trophées. Au retour des toilettes, je me garoche donc sur ma paillasse et me détend le dos, c'est un moment de bonheur extrême. Blandine amie de Youb, me parle, je lui réponds avec décontraction.
Marie-Eve m'aide à serrer mes affaires* éparpillées à droite à gauche, ah ces hommes!...
Plus tard, en posant le pied dans ma chambre à l'Auberge vers 16h00, je me douche en restant assis un long moment dans la baignoire sous le jet tiède, j'ai du mal à bouger et à utiliser la débarbouillette*.
Je passe beaucoup de temps à oter le sparadrap sur des chairs à vif, puis à nettoyer soigneusement la colle sur les plaies, je regagne la chambre et m'affale sur le lit, où je m'endors instantanément, malgré les 4 ou 5 Redbull à la taurine absorbées en 24h.
Je me réveille comateux vers 21h30, avec une faim de LOU ! Il me faut absolument manger astheure*.
Plus de service chez Louigi le sympathique et attachant italien installé à 100 mètres du Square Victoria à cette heure-ci, je marche normalement et sans boiter dans le Vieux Montréal, rien à voir avec l'impossibilité de me déplacer après leMans. Je trouve facilement un dépanneur ouvert, achète puis avale: croustilles*, sandwiches, bière Guiness et ...un gros pot de crème glacée !
Bien évidemment, dans cet état, il n'est pas question de passer la nuit sur la corde à linge*, ni de prendre une brosse*.
Je vais néanmoins dormir d'un sommeil agité.
Le lendemain matin, les pensionnaires présents au déjeuner* à l'Auberge en me voyant marcher avec raideur vers les tables, devaient se dire : il est pas sur le piton ce matin*, puis ils peuvent observer Gargantua s'empifrer d'une pile de toasts grillés recouverts de beurre d'arachide* trempés dans de gros bols de café noir.

Je repartirai avec une énorme boule sur l'estomac
Le lundi est consacré à la relaxation, à envoyer messages, appels en France et à recevoir de nombreuses félicitations en retour, ça active la récupération. J'évite de me péter les bretelles.
Mais le soir, nous avons rendez-vous grace à Youb, pour un souper* dans une pizzeria du quartier latin, en compagnie de personnages intéressants: Blandine Philippe rédactrice en chef du Jumelé, l'amie d'enfance de Youb, Daniel Sawyer un aventurier québécois au blog passionnant, qui a parcouru maintes fois le continent Nord-Américain, et Katia Makdissi Warren, femme talentueuse, compositrice, directrice artistique et chef d'orchestre à Quebec City au Capitole en ce moment, de la comédie musicale 'Les Misérables' de Victor Hugo, rien que ça!
Tout ce petit monde est passionnant à écouter, et échange durant une soirée sur divers propos que les deux français fatigués ont parfois du mal à alimenter.
24 heures après l'arrivée, mon cerveau sur le qui-vive permanent durant la course à la poursuite du record, fonctionne au ralenti.
Mais avec Youb on est crampés* en visionnant nos têtes et rictus sur les photos, un très bon moment, et de beaux échanges entre nous cinq.
A la station Berri-UQAM, le gang se quitte à regret il est minuit.

Le mardi jour du retour, on magasinera* toute la matinée avec Dimitri mon copain belge rencontré à l'auberge, dans les kilomètres de dédales et de commerces du Montréal Souterrain, une sorte d'immense ville sous le Montréal de surface, répartie sur des kilomètres carrés, le réseau le plus important au monde, impressionnant.
J'ai envie de marcher. On traîne avec Dimitri, au lunch on s'envoie un draft* de Boréale dans un resto du quartier latin, puis je prends la navette pour l'aéroport, mon avion décolle à 21H15.

Mes 'cousins' Québécois vont me manquer, vivement le prochain voyage Outre Atlantique, beaucoup croient encore qu'un aller/retour ça coûte un bras* , hé bien non ! Disons que ça n'est pas trop...dispendieux*.
J'ai une énorme boule sur l'estomac, Marie-Eve (qui se verra très occupée professionnellement et familialement le lendemain des 24H), est une jeune femme sensible et motivée, elle vaut la peine que les internautes de R.E.L. s'intéressent à elle et l'aident à progresser.
Dans l'avion, je me souviens de ce bel après-midi de vendredi passé sur le Mont-Royal, je me récite un autre couplet de la chanson de Bécaud, et les larmes ne sont pas loin:

[...Que ma vie me semble vide
Mais je sais qu'un jour à Paris
C'est moi qui lui servirai de guide
Nathalie, Nathalie...]


Dans l'avion du retour, une charmante hôtesse Québécoise, blonde également, ne cesse de répéter: 'bienvenue* ' dès que je lui dit 'merci'. J'ai envie de répondre 'mais je n'arrive pas au Québec, je le quitte !'.
J'apprendrai plus tard en rédigeant ce récit que bienvenue signifie chez nos cousins: y'a pas de quoi, ça fait plaisir, ou encore: à votre service. Tout un symbole.

Patineurs ayant atteint ou dépassé la barre des 500 km en 24 heures :
LA LISTE S'ALLONGE EN 2008 !

Philippe Coussy (FR) 570km*** (09-2008) 568km*** (06-2008)
Cyril Carcano (FR) 563 km***(2002)
Mauro Guenci (IT) 543.59 km**(2004)
Henry Visscher (PB) 541km* (08-2008)
Patrick Normandeau (CAN qc) 540km*** (09-2008)
Thibaut Dejean (FR) 535 km***(06-2008)
Kent Baak (USA) 533 km ** (2001)
Johnny Chen (USA) 531km*** (09-2008)
Anthony Rondel (FR) 525 km * (2000)
Eric Thange (PB) 518km *** (2006)
Pascal Fernandez (FR) 514 km *** (2005)
Quentin Sagnol (FR) 514 km *** (06-2008)
Lawrence Pelo (USA) 514km*** (09-2008)
Sandy Snakenberg (USA) 508 km*
Jacob Csizmadia (DEN) 505 km*
Francis Thienot (FR) 501km ***(06-2008)
Hubert Maniabal Youb (FR) 497km*** (09-2008)

*** drafté
**solo non homologué
* homologué
Henry Visscher est devenu le recordman mondial solo suivant règlementtation FIRS le 31 août 2008 chez lui auX Pays-bas (controle antidopage + commissaire + juges et circuit homologué)

Au total 17 patineurs dont la moitié en 2008 ! ont atteint ou dépassé la barre des 500km en 24h, on repêche Youb ;-)

A noter que le circuit Gilles Villeneuve de Montréal est mieux adapté à ce genre de record que le Bugatti sarthois, et qu'avec Patrick Normandeau (Infinity Rider) mon ami Québécois 2ème à Montréal et 5 ème performer mondial de tous les temps avec 540km (par là même !), on va probablement tenter de dépasser les 600km l'an prochain, on cherche des alliés pour rentrer dans l'histoire.
Et si je dois être battu dans ce genre de challenge, je préfère que ce soit par un cousin Québécois, et de plus je lui dois une revanche !


Traduction des termes québécois par ordre d'apparition dans le récit :

Parlure : manière de parler
Astiner (s) : s'entêter
Checker : vérifier, regarder
c'est pas pire : c'est bon
char : voiture
Placoter : bavarder
achaler : importuner, ennuyer.
lunch : le repas du midi, déjeuner.
avoir d'la misère : avoir des difficultés
breuvages : boissons
tiguidou : parfait
dépanneur : petite épicerie ouverte très tard.
tomber en amour : tomber amoureux
bébelle : futilité
faire du pouce : faire du stop
se péter les bretelles : se vanter
avoir des bibittes dans la tête : avoir des araignées au plafond
poqué : fourbu, cassé
gang : petit groupe, bande
cruiser : draguer
toune : chanson populaire
Faire la baboune : faire la tête, bouder
c't'écoeurant : c'est génial
dret : droit devant
U-turn : demi-tour
chialeux : grincheux, raleur
c'est plate : c'est dommage
millage : kilométrage
tantôt : plus tard
bobette : slip, caleçon
maringouin : moustique
pogner : saisir attraper
canne : boite de conserve
foufounes : fesses
grafigné : égratigné
J'ai mon voyage : j'en reviens pas, ça suffit, j'en ai marre
Ambitionné : en faire trop
Magané : fatigué, abîmé
Brake à bras : frein à main
Douillette : couette
Blonde : petite amie
Bas : socquettes, chaussettes
Catcher : saisir, comprendre
Orignal (aux) : cervidé Nord-Américain de la famille des élans.
Débarbouillette : gant de toilette
Garrocher (se) : se jeter sur, se précipiter
Serrer ses affaires : ranger ses affaires
Astheur : maintenant
Croustilles : Chips
Passer la nuit sur la corde à linge : rentrer chez soi aux petites aurores, après une nuit
houleuse.
Prendre une brosse : se saoûler
Ca coûte un bras : ça coute les yeux de la tête.
Dispendieux : cher
Etre crampé : rire à en avoir mal au ventre, être plié en deux
Draft : bière pression
Déjeuner : Petit déjeuner
Il n'est pas sur le piton ce matin : il n'est pas en forme ce matin
Beurre d'arachide : pate à tartiner non sucrée, très calorique au goût de cacahuète
Magasiner : faire du shopping
Souper : diner, repas du soir
Bienvenue : y'a pas de quoi, ça fait plaisir, à votre service.
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#Posté le lundi 15 septembre 2008 07:25

Modifié le vendredi 16 janvier 2009 01:25

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crash-roller, Posté le vendredi 08 mai 2009 17:00

j'aimeré faire 1 tour


Roller--Road, Posté le lundi 09 février 2009 08:36

Bonjour,
C'est MEME qui m'as donné le liens de ton blog !
Je ne suis qu'un amateur en quelque sorte du point de vue de la pratique du Roller, même si j'en fais depuis de nombreuses années, mais plutôt en mode fitness,ballade et déplacement !
J'ai un grand projet au mois de Mai pour une association relative à une maladie orpheline qui touche des enfants et pour laquelle il n'existe pas de traitement !
Je suis un entraînement intensif pour celui-ci, mais j'avoue m'y perdre un peu du point de vue de la technique !
Dans le choix des rollers qui seraient le mieux adapté à ce projet !
Je fais pour l'instant de l'entraînement sur des Salomon assez basique, montée sur des roues de 80mm et des roulements pas au top !
De plus les chaussons sont assez inconfortable et je souffre de douleurs à partir d'un certain temps car les fixations me blesse !
J'ai du mal à dépasser les sorties de plus de 80 km !
Mon projet n'étant pas une compétition, j'ai la chance de pouvoir gérer le temps pour chaque étape !
Je pensais partir sur une base de fila M100 où de Salomon marathon montés en 100 mm, mais je n'ai pas beaucoup de temps car le départ sera donné le 13 mai prochain et je ne connais pas les lieux de vente de ces Roller particuliers !
Tout conseil me seraient grandement utiles si toutefois tu en as le temps !
Je te souhaite une bonne soirée !
Thierry !


Binus1er, Posté le dimanche 21 septembre 2008 22:55

Ben, à part respect, y'a pas grand chose à rajouter.

Ha si. C'est Robert KUBICA qui s'est crashé l'année dernière sur le circuit. T'as du confondre avec un top modèle d'un pays de l'est !!!

Bravo à toi.


8wd, Posté le dimanche 21 septembre 2008 05:47

Un beau récit plein d'émotions, et d'aventure humaine. On en oublierait presque l'exploit sportif. Ça fait plaisir de savoir que vous avez vécu ça, Youb et toi.


Sylvain, Posté le samedi 20 septembre 2008 16:49

Félicitations Philippe pour ta seconde performance sur 24h !!!
Et quel beau récit en québécois dans le texte.


Blandine... du Québec, Posté le jeudi 18 septembre 2008 18:02

Salut Philippe,

il est génial ton compte-rendu et tu utilises à merveille les expressions locale de la Nouvelle France, après deux séjours seulement ici ;-)) Outre tes prouesse en matière de parlure, c'est ben ben l'fun de checker c'que tu contes.
Merci de ton partage et au plaisir ! B.


Marie Eve, Posté le jeudi 18 septembre 2008 11:04

hmm... que dire...

Bravo pour l'exploit... tu as un moral d'enfer pour supporter ce type d'épreuve... j'en serais bien incapable.La motivation ne tiendrais plus après quelques heures ! (max 2 ou 3 ! loll !)

D'ailleurs, en voyant TOUS les solos passer et repasser devant les paddocks, j'étais impressionnée à tout coup... qu'ils aient pris ou non des pauses, qu'ils aient fait 70 ou 130 tours ! Même du fond de notre paddock en voyant les dossards jaunes au loin, j'avais simplement le goût d'applaudir et de vous encourager.

Heureuse aussi de t'avoir connu, on se reprend l'an prochain, en espérant pouvoir te croiser sur la piste cette fois!


Bioforever Solo, Posté le mardi 16 septembre 2008 02:10

Ouf ! Quels exploits réalisés tout là-bas ... des km de roulis en ce début septembre, et puis un immense moment d'émotion accordé à tous tes lecteurs depuis la parution de ce récit. Tu vas pouvoir revendiquer un statut de Guerrier-Poète sans que qui que ce soit n'ait à redire.
En tout cas immense performance, sous la pluie en particulier, sur un circuit qui , il est vrai, semble plus approprié pour abbatre des Km gràce à un relief moins prononcé donc moins de gaspillage d'énergie en descente contre un vent de 50-60km/h. Donc peut-être un meilleur site que le Buggati pour passer les 600km. En tout cas j'aimerais bien me mèler à la bagarre , ou plutôt faire partie du gang... pour drafter et profiter du temps qui roule, pas pour truster le podium, la marche du haut est trop haute pour mes guibolles.
Bravo et A+


daniel qc canada, Posté le lundi 15 septembre 2008 21:10

Quelles tournures
Que ce récit
Enjolivé de parlures
Des gens d'ici
Vous avez fier allure
Philippe Coussy
Ouvert à l'aventure
Votre amie peut-être aussi
Un long repos
Vous méritez
Encore BRAVO
Pour votre tournée


bruno, Posté le lundi 15 septembre 2008 13:29

merci Rphil de continuer à nous montrer ce que tu nous laissé entrevoir au Bugatti ... pas seulement en terme d'exploit mais aussi de ta personne. j'espère 1) que tu ne changeras pas, et 2) croiser un jour ton chemin. Mainenant REPOSE toi bien !!


pierrema, Posté le lundi 15 septembre 2008 09:07

un autre récit passionnant! Bravo encore pour cette course. Sinon pour les termes locaux, ça me semble parfois proche (pour ne pas dire identique) à certains mots de notre patois bourguignon. Un peu de repos peut être?


memeroller, Posté le lundi 15 septembre 2008 08:52

Bravo pour ton exploit. Chaumont doit te paraître bien fade après de tels périples. Bisous. MEME;


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